Avec une croissance de 8 % en 2008, 1,2 milliard d’habitants, des importations d’acier qui ont triplé en cinq ans et 70 % de la consommation pétrolière du pays achetée à l’étranger, la machine économique indienne fait face à des besoins énergétiques colossaux. Récemment, les gouvernants indiens ont pris conscience que l’Afrique pouvait en partie les satisfaire.
Lors du sommet de New Delhi du 8 avril dernier consacré à l’Afrique, le premier ministre indien Manmohan Singh a annoncé le doublement des prêts consentis à l'Afrique soit 5,4 milliards de dollars investis sur les cinq ans à venir.
L'Inde: un nouveau concurrent en Afrique
Alors que depuis ces cinq dernières années la Chine s’est lancée à la conquête du continent Africain, l'Inde essaie de rattraper son retard. Les transactions commerciales entre l’Inde et le continent africain ont été multipliées par 6 au cours des 5 dernières années, mais leur volume (30 milliards de dollars en 2007) est encore très loin de celui du concurrent chinois (73,3 milliards de dollars).
Tandis que Beijing tente d’inonder le marché africain avec ses propres produits, New Delhi lance l'idée d'un nouveau partenariat, plus juste et plus égalitaire avec les gouvernements du continent. Le continent noir pré carré des puissances occidentales de par leur héritage colonial, est devenu un terrain d’affrontement économique pour les deux géants asiatiques.
A titre comparatif, le sommet de Beijing de Novembre 2006 avait rassemblé 48 pays et 40 chefs d'Etat africains. Le sommet de New Delhi d'avril dernier, seulement 14. Un sommet néanmoins couronné de succès, avec la participation de la plupart des pays les plus importants du continent africain, dont l'Afrique du Sud, premier partenaire commercial de l'Inde et de la Chine.
En fait, le Sommet de Delhi a ratifié une série de mesures concernant tous les aspects de la coopération entre l'Inde et l'Afrique. Un défi crucial pour l'avenir d'un pays qui se développe de façon spectaculaire et qui nécessite d’énormes besoins en matières premières et en hydrocarbures.
L’Inde en quête d’hydrocarbures
En 2006, l'importation du pétrole brut Africain en Inde a atteint près de 19 millions de tonnes, soit la moitié des importations chinoises sur la même période. 11% des besoins pétroliers de l'Inde sont pourvus par le Nigéria. La compagnie pétrolière indienne Oil and Natural Gas Corporation a massivement investi dans des concessions de pétrole à long terme et l’extraction de gaz naturel au Nigeria, en Angola et au Soudan.
Mais l'Inde est également intéressée par les ressources minérales du sol Africain comme l'or, le charbon, les pierres semi-précieuses ainsi que l'uranium. Par ailleurs en 2004, la société Vedanta Resources a acheté 51% de Konkola Copper Mines, la principale société minière en Zambie : un investissement d’un milliard de dollars visant à doubler la capacité d'extraction des mines de cuivre du pays.
L'Afrique pour sa part, a augmenté de façon considérable son importation d’étoffes, de médicaments génériques, de machines-outils à faible coût et de technologies agricoles. Au cours des cinq dernières années, les échanges commerciaux entre l'Inde et l'Afrique sont passés de 6,5 milliards en 2003 à 25 milliards en 2008, soit environ la moitié de la Chine.
Les nouvelles technologies et les télécommunications constituent l'un des secteurs les plus porteurs
L'ensemble du continent noir dispose de moins de lignes téléphoniques que la seule ville de New York. Le projet Pan-African E-Network dans lequel le gouvernement indien a misé 600 millions d'euros est le projet le plus important dans lequel l'Inde ait investi en Afrique. L'objectif est de connecter via satellite et fibre optique les 53 pays africains afin de promouvoir l'apprentissage à distance.
Il s'agit d'un secteur qui se développe rapidement aux côtés de formes plus traditionnelles d'investissement dans le domaine de l'éducation. Le sommet d’avril dernier, réaffirmait la nécessité de créer de nouvelles opportunités, surtout à travers la création d'institutions régionales et d'universités, en particulier dans le domaine des sciences et des nouvelles technologies, de la recherche dans le domaine des énergies renouvelables et du développement agricole.
Dans le secteur privé, les géants indiens des télécommunications placent leurs pièces sur l’échiquier africain. Le premier d'entre tous, Bharti Airtel, le principal opérateur de téléphonie mobile indien, a offert 20 milliards de dollars pour racheter MTN Group, le prestataire numéro un en Afrique du Sud avec 68 millions de clients dans 20 pays. Bharti Airtel, qui comptait à la fin du mois de mars dernier 64 millions d'abonnés (soit une augmentation de 65% par rapport à mars 2007), souhaite ainsi doubler sa clientèle sur le marché africain, un marché au potentiel énorme.
Le secteur de la santé n'est pas en reste. il constitue pour les entreprises pharmaceutiques indiennes des débouchés considérables, grâce notamment aux antirétroviraux génériques, donc à bas prix, destinés à traîter les malades du SIDA. Une chance pour les 25 millions d'africains touchés par la maladie, qui ont ainsi la possibilité d'avoir accès à ces médicaments traditionnellement onéreux.
L'Inde est d'ors et déjà résolument présente en Afrique dans tous les secteurs. Pour le Premier ministre Indien: «Le temps est venu de créer une nouvelle architecture pour notre engagement dans le 21ème siècle. En travaillant ensemble, deux milliards de personnes en Afrique et en Inde peuvent donner l'exemple d'une coopération fructueuse dans le processus de développement global ».
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