L’Inde mise sur le continent africain

31 août 2009 dans Coopération, Développement, Economie 320 vues

Avec une croissance de 8 % en 2008, 1,2 milliard d’habitants, des importations d’acier qui ont triplé en cinq ans et 70 % de la consommation pétrolière du pays achetée à l’étranger, la machine économique indienne fait face à des besoins énergétiques colossaux. Récemment, les gouvernants indiens ont pris conscience que l’Afrique pouvait en partie les satisfaire.

Lors du som­met de New Delhi du 8 avril der­nier consa­cré à l’Afrique, le pre­mier mi­nistre in­dien Man­mo­han Singh a an­non­cé le dou­ble­ment des prêts consen­tis à l'Afrique soit 5,4 mil­liards de dol­lars in­ves­tis sur les cinq ans à venir.


L'Inde: un nouveau concurrent en Afrique

Alors que de­puis ces cinq der­nières an­nées la Chine s’est lan­cée à la conquête du conti­nent Afri­cain, l'Inde es­saie de rat­tra­per son re­tard. Les tran­sac­tions com­mer­ciales entre l’Inde et le conti­nent afri­cain ont été mul­ti­pliées par 6 au cours des 5 der­nières an­nées, mais leur vo­lume (30 mil­liards de dol­lars en 2007) est en­core très loin de celui du concur­rent chi­nois (73,3 mil­liards de dol­lars).

Tan­dis que Bei­jing tente d’inonder le mar­ché afri­cain avec ses propres pro­duits, New Delhi lance l'idée d'un nou­veau par­te­na­riat, plus juste et plus éga­li­taire avec les gou­ver­ne­ments du conti­nent. Le conti­nent noir pré carré des puis­sances oc­ci­den­tales de par leur hé­ri­tage co­lo­nial, est de­ve­nu un ter­rain d’af­fron­te­ment éco­no­mique pour les deux géants asia­tiques.

A titre com­pa­ra­tif, le som­met de Bei­jing de No­vembre 2006 avait ras­sem­blé 48 pays et 40 chefs d'Etat africains. Le som­met de New Delhi d'avril der­nier, seule­ment 14. Un som­met néan­moins cou­ron­né de suc­cès, avec la par­ti­ci­pa­tion de la plu­part des pays les plus im­por­tants du conti­nent afri­cain, dont l'Afrique du Sud, pre­mier par­te­naire com­mer­cial de l'Inde et de la Chine.

En fait, le Som­met de Delhi a ra­ti­fié une série de me­sures concer­nant tous les as­pects de la co­opé­ra­tion entre l'Inde et l'Afrique. Un défi cru­cial pour l'ave­nir d'un pays qui se dé­ve­loppe de façon spec­ta­cu­laire et qui né­ces­site d’énormes be­soins en ma­tières pre­mières et en hy­dro­car­bures.


L’Inde en quête d’hydrocarbures

En 2006, l'im­por­ta­tion du pé­trole brut Afri­cain en Inde a at­teint près de 19 mil­lions de tonnes, soit la moi­tié des im­por­ta­tions chi­noises sur la même pé­riode. 11% des be­soins pé­tro­liers de l'Inde sont pour­vus par le Ni­gé­ria. La com­pa­gnie pé­tro­lière in­dienne Oil and Na­tu­ral Gas Cor­po­ra­tion a mas­si­ve­ment in­ves­ti dans des conces­sions de pé­trole à long terme et l’ex­trac­tion de gaz na­tu­rel au Ni­ge­ria, en An­go­la et au Sou­dan.

Mais l'Inde est éga­le­ment in­té­res­sée par les res­sources mi­né­rales du sol Afri­cain comme l'or, le char­bon, les pierres se­mi-​pré­cieuses ainsi que l'ura­nium. Par ailleurs en 2004, la so­cié­té Ve­dan­ta Re­sources a ache­té 51% de Kon­ko­la Cop­per Mines, la prin­ci­pale so­cié­té mi­nière en Zam­bie : un in­ves­tis­se­ment d’un mil­liard de dol­lars vi­sant à dou­bler la ca­pa­ci­té d'ex­trac­tion des mines de cuivre du pays.

L'Afrique pour sa part, a aug­men­té de façon consi­dé­rable son im­por­ta­tion d’étoffes, de mé­di­ca­ments gé­né­riques, de ma­chines-​ou­tils à faible coût et de tech­no­lo­gies agri­coles. Au cours des cinq der­nières an­nées, les échanges com­mer­ciaux entre l'Inde et l'Afrique sont pas­sés de 6,5 mil­liards en 2003 à 25 mil­liards en 2008, soit en­vi­ron la moi­tié de la Chine.


Les nouvelles technologies et les télécommunications constituent l'un des secteurs les plus porteurs

L'en­semble du conti­nent noir dis­pose de moins de lignes té­lé­pho­niques que la seule ville de New York. Le pro­jet Pan-​Afri­can E-​Net­work dans le­quel le gou­ver­ne­ment in­dien a misé 600 mil­lions d'euros est le pro­jet le plus im­por­tant dans le­quel l'Inde ait in­ves­ti en Afrique. L'ob­jec­tif est de connec­ter via sa­tel­lite et fibre op­tique les 53 pays afri­cains afin de pro­mou­voir l'ap­pren­tis­sage à dis­tance.

Il s'agit d'un sec­teur qui se dé­ve­loppe ra­pi­de­ment aux côtés de formes plus tra­di­tion­nelles d'in­ves­tis­se­ment dans le do­maine de l'édu­ca­tion. Le som­met d’avril der­nier, ré­af­fir­mait la né­ces­si­té de créer de nou­velles op­por­tu­ni­tés, sur­tout à tra­vers la créa­tion d'ins­ti­tu­tions ré­gio­nales  et d'uni­ver­si­tés, en par­ti­cu­lier dans le do­maine des sciences et des nou­velles tech­no­lo­gies, de la re­cherche dans le do­maine des éner­gies re­nou­ve­lables et du dé­ve­lop­pe­ment agri­cole.

Dans le sec­teur privé, les géants in­diens des té­lé­com­mu­ni­ca­tions placent leurs pièces sur l’échi­quier afri­cain. Le pre­mier d'entre tous, Bhar­ti Air­tel, le prin­ci­pal opé­ra­teur de té­lé­pho­nie mo­bile in­dien, a of­fert 20 mil­liards de dol­lars pour ra­che­ter MTN Group, le pres­ta­taire nu­mé­ro un en Afrique du Sud avec 68 mil­lions de clients dans 20 pays. Bhar­ti Air­tel, qui comp­tait à la fin du mois de mars der­nier 64 mil­lions d'abon­nés (soit une aug­men­ta­tion de 65% par rap­port à mars 2007), sou­haite ainsi dou­bler sa clien­tèle sur le mar­ché afri­cain, un mar­ché au po­ten­tiel énorme.

Le sec­teur de la santé n'est pas en reste. il  consti­tue pour les en­tre­prises phar­ma­ceu­tiques in­diennes des dé­bou­chés consi­dé­rables, grâce no­tam­ment aux an­ti­ré­tro­vi­raux gé­né­riques, donc à bas prix, des­ti­nés à traî­ter les ma­lades du SIDA. Une chance pour les 25 mil­lions d'afri­cains tou­chés par la ma­la­die, qui ont ainsi la pos­si­bi­li­té d'avoir accès à ces mé­di­ca­ments traditionnellement onéreux.

L'Inde est d'ors et déjà ré­so­lu­ment pré­sente en Afrique dans tous les sec­teurs. Pour le Pre­mier mi­nistre In­dien: «Le temps est venu de créer une nou­velle ar­chi­tec­ture pour notre en­ga­ge­ment dans le 21ème siècle. En tra­vaillant en­semble, deux mil­liards de per­sonnes en Afrique et en Inde peuvent don­ner l'exemple d'une co­opé­ra­tion fruc­tueuse dans le pro­ces­sus de dé­ve­lop­pe­ment glo­bal ».


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