Chaque jour, des centaines de chalutiers asiatiques ou européens pénètrent dans les eaux africaines pour pêcher sans permis la crevette, la sardine, le thon et le maquereau. Pour l’Afrique, cette pêche illégale entraîne un manque à gagner d’un milliard d’euro par an. En théorie, les zones de pêche africaines devraient être protégées par le droit international. Mais les efforts des Etats africains pour mettre fin aux activités de pêche illégales sont entravés par le manque de compétences et de moyens. Pour faire face au problème, des initiatives régionales se développent sur les rives du continent pour coordonner la lutte contre ce commerce illégal.
Des moyens de subsistance menacés
La pêche illégale épuise les stocks de poissons africains et menace les moyens d’existence de l’Afrique. La pêche contribue pourtant à la sécurité alimentaire de plus de 200 millions d’africains et fournit des revenus à plus de 10 millions de pêcheurs. Par ailleurs, ce secteur génère plus de 5,6 millions d’emplois. Pour l’ensemble de l’Afrique, le poisson et les produits de la pêche constituent en moyenne une contribution annuelle de 2,7 milliards de dollars aux exportations du continent.
Or le manque à gagner causé par la pêche illégale en Afrique est énorme : un rapport commandé en 2005 par le DFID a conclu que la pêche illégale de la sardine et du maquereau coûtait à l’Angola environ 49 millions de dollars par an. Rien qu’en 2005, la Somalie ravagée et appauvrie par les conflits a perdu environ 94 millions de dollars de revenus potentiels en raison des prises illégales de crevette et de thon sur ses côtes. La Guinée, le Libéria et la Sierra Leone perdent annuellement quelque 140 millions de dollars, le Mozambique 38 millions.
La nécessité d’une coordination régionale
Pour que la lutte contre la pêche illégale soit efficace, il faut que les Etats échangent compétences et renseignements afin que les flottes qui sont écartées des eaux d’un pays ne puissent pas se diriger vers celles d’un pays voisin. Des organisations tentent de mettre sur pied cette coordination. La Commission sous-régionale des pêches (Csrp) de Dakar, au Sénégal, sert de base de coopération entre le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Mauritanie, le Sénégal et la Sierra Leone. Le Comité des pêches pour l’Atlantique Centre-Est (Copace) est censé jouer un rôle similaire. Mais il n’a pas de pouvoirs réglementaires et le Csrp a une juridiction géographiquement limitée.
Le Department for International Development (DFID) finance la mise au point d’une approche régionale similaire entre les pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). En juillet 2008, les ministres de la Pêche des pays membres de cette organisation ont adopté une stratégie régionale destinée à améliorer le contrôle et la surveillance. Depuis la signature de cet accord, l’Afrique du Sud, le Mozambique, le Kenya et la Namibie ont organisé des patrouilles conjointes et stoppé les activités d’un nombre important de navires.
Pour répondre à ce besoin d’une meilleure coordination, l’Organisation maritime internationale (OMI) a créé en 2007 un réseau qui permet à 24 Etats africains de la côte ouest du continent d’établir des rapports avec les organismes de sécurité maritime, les marines non africaines, les assureurs, Interpol et un certain nombre d’institutions des Nations Unies s’occupant des questions liées à la pêche et à la sécurité.
L’enjeu est d’importance : si les Etats africains pouvaient ‘resserrer le filet’ autour de la pêche illégale, ils pourraient obtenir plus d’argent pour les permis de pêche qu’ils accordent et, en conséquence, financer une meilleure surveillance de leurs ports et de leurs eaux.

