Publié le 6 octobre 2009

Les subventions agricoles des pays développés ruinent l’agriculture africaine

Bœuf, volaille, sucre, blé, coton, aubergines… La liste des produits agricoles subventionnés par l’Union européenne est longue. Déversés sur les marchés africains à prix artificiellement bas, ces exportations désorganisent les filières et ruinent les producteurs locaux, incapables de vendre leurs récoltes devenues trop chères en comparaison des produits importés. Aujourd’hui, les subventions que versent les Etats-Unis et l’Europe à l’agriculture sont plus élevées que la totalité de ce que reçoivent les pays d’Afrique en aide au développement. L’aide publique au développement totalise ainsi environ 50 milliards de dollars par an alors que les subventions agricoles américaines et européennes dépassent le cap des 350 milliards de dollars.

En permettant d'inonder les marchés africains avec des aliments à bas coût, les subventions agricoles portent une part de responsabilité certaine dans la pauvreté et la sous-alimentation des populations fragiles.



La surproduction des pays développés permet d’inonder à bas coût les marchés africains

Les produits bénéficiaires de ces subventions sont très nombreux. En premier lieu: le boeuf. L’Union Européenne en vend des tonnes à l’Afrique. Vendu à hauteur de 2 dollars le kilo, ces importations ont réduit d’environ 50% le prix du boeuf produit par les éleveurs du Burkina Faso, du Mali ou du Niger. Les éleveurs d’Afrique australe se plaignent également des effets néfastes de ces subventions sur leur vente. La Namibie, dont le boeuf représente 70% de ces exportations, subit de plein fouet la concurrence de la viande bovine européenne. Déjà 70% environ de la viande utilisée dans les conserveries sud-africaines est importée d’Europe.

La production avicole africaine est également très menacée par l’invasion de poulet et résidus de volailles congelés en provenance de l’Union Européenne. Des centaines de producteurs du Togo, du Bénin ou du Cameroun sont aujourd’hui menacés de ruine.

En ce qui concerne les céréales. La situation n’est pas meilleure. Bénéficiant d’importantes aides agricoles, le blé européen est massivement importé en Afrique. Par exemple, les importations de blé et produits dérivés comme le pain représentent jusqu’à 60% des importations éthiopiennes en provenance d’Europe.

Autres denrées subventionnées: le coton et le sucre. Plusieurs pays africains producteurs de coton menacent de saisir l’Organisation Mondiale de Commerce à propos des subsides dont bénéficient la production cotonnière américaine. La crise est telle que les producteurs du Mali, du Bénin et du Burkina Faso refusent de poursuivre l’exploitation.

Le cas du sucre n’est pas différent. Ces dernières années le Zimbabwe a assisté impuissant à l’invasion de son marché par le sucre made in Europe. Le scénario est identique au Swaziland.

Le principe de libre-échange défendu par l’OMC empêche l’Afrique de protéger son agriculture

Les grands bailleurs de fonds internationaux de l’Afrique comme le FMI ou la Banque Mondiale appellent aujourd’hui les pays africains à ouvrir davantage leur marché. Au nom du principe de libre-échange, l'Organisation Mondiale du Commerce cherche faire disparaître les barrières douanières des pays africains. Or, sans les droits de douane, l’agriculture africaine ne peut lutter contre l’agriculture subventionnée des pays développés. Par la grâce des subventions des pays riches, les denrées agricoles exportées introduisent, par un effet de dumping, une vente au-dessous du prix coûtant, une concurrence faussée entre les agriculteurs du Nord et du Sud.

Côté européen, on ne nie pas l’effet pervers des subventions. Plusieurs études sur leur impact ont été réalisées. Mais le sujet ne fait pas l’unanimité et certains gouvernements minimisent les conséquences. Ainsi, récemment, sept ministres de l’Agriculture (dont ceux de la France, de l’Espagne, du Portugal, de la Belgique, de l’Irlande et du Luxembourg) ont cosigné un document : « Certains avancent que la politique agricole commune serait responsable de la faim dans le tiers-monde. Il faut savoir raison garder. Les agricultures de nombre de ces pays, en particulier en Afrique, ont avant tout vocation à assurer l’autosuffisance alimentaire. Celle-ci est gravement mise à mal par la destruction des agricultures traditionnelles qui provoquent une hausse des importations. » Avec un tel raisonnement, la fin des subventions n’est pas pour demain…