Depuis 6 ans, les droits de retransmission de la Coupe d’Afrique des Nations ne cessent de s’envoler. Pour cette édition 2010 de la CAN, les prix atteignent des sommets. Résultat, de nombreuses chaînes ne diffusent pas les images de la compétition car elles n’ont pas les moyens de s’en acquitter.
Les droits de retransmissions de la CAN 2010
Jusqu’à présent, les droits de retransmissions de la CAN étaient gérés par la firme Sportfive. Or, pour cette édition de la compétition, les négociations de retransmission de la compétition ont été placées par la Confédération africaine de football (CAF) entre les mains de la holding béninoise LC2-Afnex. Cette passation de pouvoir s’est accompagnée d’une hausse démentielle des montants pour l’acquisition des droits de la CAN.
En 2004, les chaînes de télévision africaines devaient s’acquitter d’un montant d’environ 100 millions de CFA (150 000 euros). Six ans plus tard, le tarif a été réévalué à 1 milliard de CFA pour la majorité des pays, soit 1,5 million d’euros. C’est 10 fois plus que les éditions précédentes.
Des droits de retransmissions à la carte
Principale explication de cette hausse: la spéculation. La holding LC2-Afnex, propriété de l’homme d’affaires béninois Christian Enock Lagnidé, a divisé les pays africains en cinq groupes et fixé les tarifs selon leur « intérêt marketing ». Plus gros marché d’Afrique subsaharienne par sa population (150 millions d’habitants) et son potentiel publicitaire, le Nigeria a ainsi déboursé plus de 2 milliards de F CFA (3,5 millions d’euros). Pour le Cameroun, la Côte d’Ivoire ou le Mali, dont les équipes se sont qualifiées pour la phase finale, le tarif est de 878,9 millions de F CFA (1,3 million d’euros). Enfin, pour les États non qualifiés, scindés en trois catégories selon leur poids économique, les prix varient de 280 000 à 750 000 euros.
Négociations des droits de retransmissions
Devant de telles sommes, de nombreux pays pauvres ont estimé qu’ils ne pouvaient pas payer les sommes demandées. Au Burkina Faso, le gouvernement a estimé que la priorité était ailleurs : "Il est indécent de payer une telle somme dans un contexte où les préoccupations urgentes du gouvernement en matière de bien-être des populations ont été accentuées par les inondations du 1er septembre."
Conséquence directe, la Radiotélévision du Burkina (RTB) a annoncé le jeudi 7 janvier qu’elle ne retransmettra pas la CAN, malgré les négociations menées avec LC2-Afnex portant sur un montant réévalué à 877 millions de CFA (environ 1,3 million d'euros). In extremis, un accord sera conclu qui permettra aux supporters burkinabés de voir les matchs de la compétition.
Une spéculation aux lourdes conséquences
Si le Burkina Faso a trouvé une solution de dernière minute, à l’image de ses confrères de la télévision publique sénégalaise (RTS) et gabonaise (RTG), cinq pays sont toujours laissés pour compte, parmi lesquels le Kenya, la Tanzanie, le Cap Vert et l’Ouganda. Pour ces diffuseurs potentiels, dont les sélections n’ont pas validé leur billet pour la phase finale de la CAN-2010, les droits TV oscillent entre 230 et 500 millions de CFA (350 000 et 750 000 euros).
Et alors que les tractations s’éternisent dans certains pays, une centaine de millions d’Africains, soit 10 % de la population totale du continent, n’a toujours pas accès aux images de la 27e Coupe d'Afrique des nations. Pour ces spectateurs, reste donc l’option radio. Mais même pour les stations comme RFI ou Africa no 1, ces droits ont été obtenus au forceps. La toile est, quant à elle, surveillée de très près. Sur YouTube, par exemple, les vidéos de matchs postées par des internautes sont court-circuitées.
Pour la CAF, cette hausse des tarifs de retransmission est a priori positive. Car cet argent est censé aider le football africain à se développer et à se professionnaliser.

