APA - Addis Abeba (Sénégal) - Un samedi après-midi, à Bole road, une avenue passante d’Addis Abeba, en Ethiopie. Sous les regards admiratifs et les youyous des passants, un cortège infini de limousines immaculées et de Mercedes rutilantes déboule sur l’avenue, klaxonnant à tue-tête
A bord de l’une des limousines, qui ploie sous d’épaisses gerbes de fleurs, un jeune couple d’Ethiopiens, sourires aux lèvres, répond aux salutations des passants par de larges gestes de la main.
En vogue ces dernières années à Addis Abeba, le défilé des nouveaux mariés à bord de rutilantes limousines et autres voitures de luxe dans les principales artères de la ville, siège de l’Union africaine, donc capitale de l’Afrique, séduit par son exubérance et son originalité.
La longueur de la procession des limousines et Mercedes de dernière génération formant le cortège des nouveaux mariés suffit pour se faire une idée de l’aisance financière des nouveaux mariés.
Une limousine se négocie au prix de 1000 dollars (environ 450.000 FCFA) pour une demi-journée alors qu’une Mercédès est louée la moitié de ce tarif, pour la même durée.
« Certains couples fortunés louent deux limousines et cinq à sept Mercedes pour célébrer leur mariage », explique Dagnachew Teklu, un jeune éthiopien, ajoutant que « d’autres couples louent autant de voitures de luxe lors du troisième jour du mariage, lorsque le couple sera présenté aux belles familles respectives ».
L’engouement suscité par cette mode fait qu’actuellement à Addis Abeba les agences de location de voitures de luxe font florès.
Les enseignes et panneaux vantant les derniers modèles de limousines et autres véhicules de luxes sont visibles dans les coins et recoins de la ville.
En outre, de jeunes couples éthiopiens choisissent de séjourner deux ou trois jours au Sheraton d’Addis, connu comme étant l’un des plus luxueux hôtels d’Afrique.
Dans cet établissement hôtelier, classé cinq étoiles, une nuitée se négocie autour de 297 euros, environ 195.000 FCFA.
Les jardins fleuris et le raffinement des lieux leur servent de décor pour d’interminables séances de photos-souvenirs.
Ces mariages somptuaires nécessitent de gros budgets. Des estimations non officielles avancent des budgets avoisinant 40.000 dollars (environ 19 millions de FCFA) déboursés par certains couples éthiopiens pour fêter leurs noces d’or.
Le coût des festivités est principalement couvert par le marié et, dans certains cas, avec une participation de la famille de la conjointe, explique Teklu.
Une somme jugée faramineuse dans un pays étranglé par une extrême pauvreté et dont le trait le plus frappant se mesure par le dénuement qui se dévoile le long des principales artères de la capitale.
L’Ethiopie, avec ses 85 millions d’habitants et ses 80 ethnies, demeure l’un des pays les plus pauvres de l’Afrique subsaharienne, selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
La société éthiopienne présente un double visage : celui d’une classe aisée qui ne se prive pas d’étaler ostensiblement sa richesse et une autre, plus nombreuse, résignée à son sort et qui parvient difficilement à se procurer au quotidien un « injera », une crêpe à base de céréale, aliment de base des Ethiopiens.
« C’est surtout une infime minorité d’Ethiopiens de la diaspora ou les riches fermiers ou négociants du pays qui organisent ces mariages extravagants », se défend Haimmanot Turney, une étudiante éthiopienne, soulignant que ses compatriotes sont « plus préoccupés à survivre qu’à se montrer en spectacle dans les rues de la ville ».
Selon elle, la crise économique actuelle refrène les ardeurs dépensières de bon nombre de jeunes couples qui se sont jurés fidélité devant le maire.
« On n’oblige personne à faire des folies pour se marier, seuls les adeptes du « m’as-tu vu ? » persistent à croire que c’est plus chic et plus class de louer des limousines pour s’exhiber dans un tour de ville », s’exclame- t- elle, dans un soupir de dépit.
L’appartenance religieuse déteint pour beaucoup dans la célébration des mariages dans ce pays où l’église orthodoxe semble réguler la société.
Les chrétiens orthodoxes, majoritaires en Ethiopie, choisissent ainsi le mois de janvier pour célébrer leurs noces. Cette période du calendrier éthiopien coïncide en effet avec la célébration des fêtes de Noël et de l’Epiphanie. Les récoltes sont faites en janvier et les pluies rares.
Ce mois annonce aussi le jeûne de deux mois (le carême) au sein de la communauté orthodoxe, qui constitue la majorité de la population éthiopienne.
Autant de raisons qui poussent les Ethiopiens de la diaspora à revenir au bercail en janvier pour prendre femme ou assister au mariage de leurs proches.
Une autre période prisée par les Ethiopiens orthodoxes pour sceller leur union est le mois d’Avril, car il clôt le carême observé durant deux mois.
Les sommes faramineuses déboursées pour fêter les mariages ne contribuent guère à cimenter les couples. Au contraire, les cas de divorces connaissent d’année en année des taux effarants.
Près de 45 pour cent des mariages en Ethiopie se terminent par un divorce dans les 30 ans qui suivent leur célébration, et les deux tiers des femmes qui divorcent le font dans les cinq années suivant le mariage, selon une Enquête nationale sur la famille et la fécondité initiée en 1990 par le gouvernement éthiopien.
Selon Tesema Lakew, responsable de la certification des mariages à l’arrondissement de Yeka Sub City, un quartier d’Addis Abeba, chaque année environ 15 à 20 pour cent des nouveaux couples célébrés dans l’année divorcent. Ce qui, selon lui, est « très élevé ».
Les difficultés financières sont généralement avancées comme principale cause des divorces.
« Certains couples empruntent de l’argent pour leur mariage. Et quand ils ne parviennent pas à rembourser, leur union court un risque de divorce », explique t-il.
Les adeptes des mariages dispendieux en Ethiopie ne font pas beaucoup d’émules parmi la population, principalement dans le milieu des musulmans éthiopiens qui continuent de célébrer leur union sans grandes pompes, selon leurs us et coutumes de leur religion.
Toutefois, modernité oblige, certains Ethiopiens de confession musulmane collent à l’ère du temps en fêtant leur mariage en smoking et robe de mariée.

